Les Belges, plus fatigués que jamais

La fatigue constituait un problème de santé publique il y a une quinzaine d'années déjà, mais aujourd'hui nous sommes toujours plus nombreux à nous sentir fatigués.


  

Un nombre croissant de personnes se plaint de fatigue  
En 1987 et 1988, dans le cadre d'une étude nationale, des chercheurs avaient demandé à 4.698 femmes et 4.681 hommes s'ils avaient eu à se plaindre de fatigue dans les deux dernières semaines. La fatigue constituait un des points du questionnaire reprenant 43 plaintes. 24% des hommes et 38% des femmes ont indiqué à l'époque qu'ils avaient ressenti de la fatigue. Cette étude a été récemment répétée avec la même méthode d'investigation. Les nouveaux chiffres indiquent une forte augmentation des plaintes de fatigue au cours de ces 15 dernières années, tant en ce qui concerne les hommes (de 24% à 33%) que les femmes (de 38% à 50%).  
Contexte social 
Cette enquête de santé publique a montré que les personnes à haut niveau d'instruction se plaignent deux fois plus de fatigue que les personnes faiblement qualifiées et les 15-24 ans près de 3 fois plus que les 45-64 ans. A noter que c'est généralement la combinaison du travail salarié et de l'éducation de jeunes enfants qui augmente le risque de fatigue chez de nombreuses femmes (59%). Les “hommes au foyer” aussi sont relativement souvent fatigués (39%). 
Le fait de donner ou de recevoir une aide sociale protège de la fatigue; son absence augmente le risque d'en souffrir. Vivre en ville apparaît aussi comme générateur de davantage de fatigue.  
Toujours plus … 
Notre société est entraînée dans un tourbillon toujours plus rapide depuis quelques dizaines d'années et l' augmentation des plaintes de fatigue y est certainement liée. La fatigue est bien un symptôme d'”une vie difficile”. La société exige toujours plus de nous et il est probable que beaucoup de gens veulent correspondre à l'image de vie productive. Ce sont principalement les femmes qui combinent métier et éducation de jeunes enfants qui en sont les victimes.  
La fatigue comme symbole de prestige 
Le “je ne sais plus où donner de la tête” d'il y a quelques années a évolué en “je suis lessivé”. Dans certains milieux, la fatigue est devenue un symbole de prestige. « Il est permis d'être fatigué”, ce qui explique peut-être en partie la raison pour laquelle davantage d'hommes déclarent qu'ils sont fatigués qu'il y a 15 ans.  
L'augmentation de ces plaintes de fatigue est inquiétante et le lien avec l'incapacité de travail est évident. Il est confirmé par le pourcentage extrêmement élevé de fatigue (81%) chez les femmes qui perçoivent des indemnités pour incapacité de travail.  
Que peut offrir le médecin? 
Les personnes fatiguées ne peuvent pas compter sur la compréhension des prestataires de soins de santé. Ce qui est curieux quand on sait qu'il s'agit là d'une plainte extrêmement fréquente. C'est peut-être dû au fait que les médecins n'ont pas grand-chose à offrir aux personnes fatiguées. L'examen médical ne révèle rien dans de nombreux cas et en matière de traitement il n'y a pas non plus grand-chose à faire.  
Le repos soulage-t-il? 
Il est important que les personnes fatiguées prennent du repos à temps. Ignorer les signes avant-coureurs de fatigue peut provoquer un surmenage ou burn-out.  
Une fois qu'une certaine limite est dépassée et qu'il y a un déséquilibre dans la relation entre la fatigue et l'effort fourni, le conseil de « lever le pied » a précisément l'effet contraire. Au lieu de se fixer sur leur fatigue, les gens souffrant de fatigue chronique doivent reconstruire leur rythme de travail et de détente.  
03/06/2003  
Dr. Peter Mareen

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